Protestants

La précoce apparition du protestantisme à Nantes remonte au début des années 1530 (un Nantais, Audebert Valleton, est brûlé vif à Paris en 1535), et le séjour du prédicateur écossais John Knox, enchaîné sur une galère dans le port en 1548, contribue à un essor spectaculaire, tout comme le passage en 1558 du frère de l’amiral de Coligny, François d’Andelot, en voyage d’inspection des défenses côtières bretonnes, accompagné d’un pasteur. Cette présence affirmée a pour conséquence d’amener les protestants à se déclarer au grand jour : on en compte plusieurs centaines au moins dans la ville, vers 1560, alors que se tiennent les premières « assemblées » et que s’installe le pasteur Antoine Bachelard, dit Cabannes, arrivé de Genève. La tension est alors très vive : en décembre 1561, une bagarre générale se poursuit jusque dans la cathédrale, et plusieurs centaines de huguenots doivent se réfugier à Blain pendant plus d’un an, en 1562-1563, alors que commencent les guerres dites de Religion.

L’église calviniste ne se reconstitue ensuite que timidement, avec deux ou trois cents fidèles qui se réunissent hors de la ville, à la Gâcherie. Cette discrétion, le réalisme des édiles et du maire Guillaume Harouys aussi, et peut-être la modération des ordres royaux – question encore discutée entre historiens – expliquent que Nantes, comme les autres villes bretonnes, ne connaisse aucun massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, bien plus qu’une très hypothétique tolérance pour ceux que la Ville qualifie de « vagabonds dangereux et séditieux ». Toute trace de protestantisme disparaît évidemment au moment où le gouverneur de Bretagne Philippe-Emmanuel de Mercœur impose à la ville un catholicisme intransigeant soutenu par la population. C’est la farouche résistance d’une ville particulièrement intolérante à Henri IV, venu en personne y imposer son autorité, qui explique la signature, soigneusement cachée à la population, de l’édit de Nantes, en avril 1598.

Deux siècles d’intolérance

L’édit n’est en pratique jamais appliqué à Nantes : en 1602 ainsi, des obsèques protestantes provoquent une émeute. Les calvinistes sont contraints de célébrer leur culte à Sucé, où ils se rendent sous les injures, les pierres et parfois les coups. La haine à leur encontre est si forte qu’en 1622 la ville laisse mourir au Sanitat plus de la moitié des six ou sept cents prisonniers calvinistes capturés lors d’une bataille à Saint-Hilaire-de-Riez. La communauté ne prend son essor qu’après 1620, lorsque s’installent en nombre des marchands hollandais : vers 1680, les Français ne représentent qu’un tiers environ des fidèles. À cette date, à Nantes comme ailleurs, les protestants subissent de nombreuses avanies : lieu de sépulture unique près de l’infamant cimetière des pauvres de l’hôpital Sainte-Catherine, pressions pour obtenir des conversions, enlèvements d’enfants, et même fermeture du temple de Sucé en mai 1685, cinq mois avant la révocation de l’édit de Nantes.

Dès le mois de décembre 1685 commencent à Nantes les dragonnades, c’est-à-dire le logement forcé d’une soldatesque ravageuse. Le « choix » n’est plus qu’entre l’abjuration, la fuite – avec ses multiples drames humains… et économiques – et parfois, pour les plus aisés, de mauvais arrangements, comme lorsque la deuxième fortune nantaise, les Van Haerzel, quittent la ville. Nantes subit ainsi une sorte de « purification religieuse », en chassant ses calvinistes et en accueillant les réfugiés irlandais catholiques.

L’intolérance nantaise reste vive ensuite : la ville n’applique qu’en 1739 la décision royale d’ouvrir un cimetière protestant dans les principaux ports, prise en 1726 ! À partir des années 1760 toutefois, l’arrivée en nombre de négociants, manufacturiers et techniciens, allemands ou suisses surtout, conduit à des accommodements hypocrites. L’égalité civile n’est reconnue qu’en 1789, le culte réorganisé en 1805 seulement, dans la salle de l’actuel Cinématographe, rue des Carmélites.

Le Temple actuel de Nantes
L'Ancien Temple de Nantes
Le Temple Protestant de Saint-Nazaire en 1936.
© Charles NICOL
Temple de La Baule
Temple St-Brévin

La fin de la « question protestante »

Les réticences ne disparaissent évidemment pas : en 1805, l’administration préfectorale locale évoque les « sectateurs du culte réformé », et il est probable que la question religieuse joue dans la virulente hostilité des Jeunesses patriotes d’Henri de La Tullaye à l’encontre du maire protestant Paul Bellamy, conduit à démissionner en 1928.

Mais les réalités ont bien changé. Les Dobrée, arrivés de Guernesey à la fin du 18e siècle, sont des figures éminentes du commerce, lancent l’activité baleinière et le retour à la Chine, s’engagent contre la traite négrière, et Thomas (1810-1895) amasse une remarquable collection d’œuvres d’art qu’il lègue au conseil général en 1894. L’architecte Hippolyte Durand-Gasselin bâtit, entre autres, le passage Pommeraye. Les Burgelin dans la brasserie, les Haentjens dans l’agriculture et le sucre, les Voruz dans la fonderie, les Say et Cézard dans le sucre, les Pelloutier dans l’industrie textile marquent l’économie de leur empreinte. Ferdinand Favre, héritier d’une dynastie d’indienneurs, est maire pendant 29 ans, le professeur agrégé puis négociant Charles Lechat pendant sept ans, si bien qu’entre 1832 et 1881 Nantes a presque constamment un maire protestant, en attendant Paul Bellamy maire entre 1910 et 1928 et député !

Il reste de cette période la « Fraternité », rue Amiral Du Chaffault, créée en 1905 en application de la loi de Séparation des Églises et de l’État pour accueillir les plus pauvres puis enrichir leur culture, et dont le rayonnement dépasse, de beaucoup, la seule mouvance du protestantisme. Issue de la Mission Mac-All (du nom du pasteur écossais Robert Mac-All), aujourd’hui Mission populaire évangélique de France, elle est considérée par l’Église réformée de France comme une de ses œuvres. C’est de même dans la mouvance protestante qu’est née la Cimade (à l’origine Comité inter-mouvements auprès des évacués), très active à Nantes dans l’aide aux étrangers les plus démunis.

Aujourd’hui, environ 700 familles protestantes réformées (Luthériennes ou calvinistes de tradition) sont recensées en Loire-Atlantique et pour l’essentiel à Nantes. Un conseil presbytéral d’une vingtaine de membres élu par l’assemblée générale annuelle pour un mandat de 6 ans dirige l’Église réformée et assiste le pasteur. Les rapports entre catholiques et protestants sont depuis longtemps apaisés : le 8 octobre 2006, à l’occasion du cinquantenaire du temple, place Édouard Normand, Georges Soubrier est le premier évêque de Nantes à entrer officiellement dans un temple depuis la naissance du premier lieu de culte protestant au 16e siècle…

Temples

Il existe des protestants à Nantes à partir du début des années 1530, une communauté organisée autour d’un pasteur dès 1560 environ, mais aucun temple proprement dit avant 1805 !

Les premiers lieux de culte attestés, vers 1560, sont des maisons particulières où se tiennent des « assemblées », toujours dans les faubourgs, à Saint-Donatien, Saint-Nicolas ou bien, pour très peu de temps mais plus officiellement, au Marchix, tout près de l’église Saint-Similien. En 1566 semble-t-il, le culte se replie à Chantenay, au Plessis de la Musse, dans un appentis de bois utilisé jusqu’en octobre 1567.

La situation est pire après l’édit de Nantes de 1598, puisque le culte doit se tenir à Sucé, ce temple étant fermé avant même la révocation de l’édit de Nantes et détruit dès sa promulgation, en octobre 1685. Le protestantisme entre alors dans une clandestinité totale – ce que les calvinistes appellent « le désert » –, avec de rares possibilités parfois tolérées au cours du 18e siècle, à bord de vaisseaux ancrés dans le port ou dans la fabrique d’indiennes de Jean-Ulric Pelloutier, au prix de pratiques catholiques de façade, Pelloutier lui-même faisant baptiser à Sainte-Croix ses enfants qui n’en seront pas moins de bons calvinistes.

Trois temples successifs

Achetée en décembre 1804, l’ancienne chapelle des Carmélites (actuelle salle du Cinématographe) devient un premier temple que la ville rachète en 1808, et qu’elle met gratuitement à disposition des protestants.

Le poids croissant de la communauté protestante au 19e siècle conduit cependant à la construction d’un nouveau temple, inauguré le 28 mars 1855 à l’angle de la rue de Gigant et de la rue Rosière d’Artois. Conçu par Henri-Théodore Driollet architecte en chef de la ville de Nantes, l’édifice, de style néo roman entouré de deux tours carrées, contient un vestibule à l’entrée et une vaste salle octogonale sous une verrière en pavillon. Il est le produit d’un long travail collectif et d’une souscription nationale sous la direction du pasteur Benjamin Vaurigaud. Il est entièrement détruit par les bombardements du 23 septembre 1943. Les mesures d’alignement prévues rue de Gigant empêchent sa reconstruction au même endroit, son souvenir étant préservé par la dénomination de la place de l’Édit de Nantes.

Des baraquements remplacent temporairement le temple, place Édouard Normand, sur le site de l’ancien Théâtre de la Renaissance, détruit par un incendie en 1912. À partir de 1951, le pasteur Louis Matiffa porte le projet de reconstruction, épaulé par l’architecte protestante Victoire Durand-Gasselin. Celle-ci réussit, malgré un budget limité, à construire entre 1956 et 1958 un édifice monumental doté d’un balcon dominant un volume spacieux pouvant accueillir plus de 450 fidèles. L’excellente acoustique lui permet d’accueillir régulièrement des concerts. Une salle abrite un petit musée du protestantisme. En sous-sol, la salle Coligny, administrée par la Ville, accueille des conférences, spectacles, réunions d’associations… Deux Eglises d’expression Africaine et Malgache y célèbrent régulièrement leurs cultes.

L’édifice compte aussi trois salles de réunion, des bureaux ainsi que deux appartements.

En 1978, le temple s’enrichit d’un vitrail non figuratif, du vitrailliste Yves Dehais, inspiré d’une esquisse de l’artiste nantais Guy David. Celui-ci a déjà orné le hall de l’entrée d’une œuvre interprétant librement la crucifixion et la résurrection du Christ. L’ensemble est composé de quinze dalles de verres de 1m² chacune assemblées par l’ouvrier verrier Paul Nicol pour former un ensemble multicolore sur la façade nord du temple.

Le temple et la paroisse sont administrés par un conseil presbytéral élu par l’assemblée générale de l’Eglise. Il est composé de 17 élus, femmes et hommes, et du pasteur en fonction. La présidence du conseil est toujours assurée par un laïc. La paroisse de Nantes est membre du consistoire « Loire Océan » qui regroupe les pasteurs des Eglises de Laval, Le Mans, Angers, Cholet et Saumur.

D’autres Eglises affiliées, comme l’Eglise réformée, à la Fédération Protestante de France sont présentes à Nantes : la Mission Populaire Evangélique de France, l’Eglise adventiste ainsi que l’Eglise Baptiste principalement.

Enfin, en 2013 les Eglises luthériennes et réformées sont rassemblées dans L’Eglise Protestante Unie de France.